Anne Bialek : Une aventurière au sommet

 

 

 

A l’aube de la quarantaine, Anne a décidé qu’il était temps de changer de vie. Et elle ne fait pas les choses à moitié… Rencontre avec la première et seule femme à avoir escaladé tous les plus de 6000m boliviens.

Anne, vous n’étiez pas prédestinée à vivre en montagne.

 

Non. Je suis née en Bourgogne et l’alpinisme n’était pas une passion familiale. J’ai toujours aimé le sport, notamment la course à pied. Mais surtout, j’aimais la compétition.Et puis, lors de randonnées dans les Alpes, je voyais ces gars qui descendaient des glaciers… Je commençais à avoir des envies de Kilimandjaro, d’Annapurna….

 

 

Cela aurait pu rester au stade du rêve ?

 

Oui. D’ailleurs j’ai suivi un tout autre cursus. Je suis devenue ingénieure dans l’industrie automobile. J’avais ce que l’on appelle une belle situation mais, dès la trentaine, je commençais à tourner en rond. J’ai même effectué un bilan de compétences, je cherchais autre chose.

En voyant la photo d’une montagne bolivienne, j’ai eu un flash. En 2005, j’ai tenté un trek de 15 jours en Bolivie. Ma première incursion dans la Cordillère des Andes et en même temps mon premier glacier à 6000m.

On cherchait à m’en dissuader. Je n’étais pas une alpiniste chevronnée mais il fallait que je tente cette expérience. Et les rencontres sur place ont eu un impact fort, c’est là que le déclic s’est produit. A peine rentrée, je repartais trois mois, seule, pour traverser la Bolivie. Sans travail, sans point d’ancrage, sans relations et sans maîtriser la langue… un voyage qui m’a confortée dans ce que je pressentais. Il fallait que je vive ici, près de ces incroyables sommets.

 

 

Et vous avez créé Thaki Voyages

 

Peu après mon arrivée, j’ai travaillé pour une agence de voyage bolivienne, dans une fonction plutôt commerciale. Passionnée par le terrain et les boliviens, j’avais envie de construire quelque chose avec eux, de participer à ma manière au développement du pays. Finalement, avec Jérôme, un ami français marié à une bolivienne, nous avons créé notre propre agence à La Paz en 2011. Aujourd’hui, nous avons une offre classique de découverte du pays et une autre, plus sportive, pour des alpinistes.

 

 

Vous êtes aujourd’hui une andiniste reconnue. Mais vous auriez pu vivre la montagne ailleurs ?

 

C’est ici que j’ai appris à grimper, pas dans les Alpes. Les sommets sont élevés, techniquement difficiles.

L’été, c’est la saison des pluies, alors on grimpe l’hiver. L’altitude et le froid donnent une dimension particulière à l’ascension. Et la Bolivie gagne vraiment à être connue. D’ailleurs, des guides du monde entier – et notamment ceux de Chamonix – s’y intéressent et me sollicitent pour découvrir de belles voies, des parois très techniques.

 

 

Vous grimpez mais vous ouvrez aussi de nouvelles voies. Une vraie soif d’aventure !

 

Je crois que j’ai toujours été aventurière. Je vis ma passion. J’ai fait les 13 +de 6000m boliviens par les voies normales. Je suis la seule femme à avoir gravi l’intégralité de ces sommets. Ces dix dernières années, j’en ai fait plus d’une vingtaine, notamment en Argentine, en Equateur, en Colombie.

Pour ouvrir de nouvelles voies, je pars avec un ou deux guides selon la difficulté ; Les boliviens sont très humbles face à la nature mais aujourd’hui, les guides locaux y prennent goût. Ils m’ont appris à grimper, je leur donne le goût de l’exploration.

 

Racontez-nous la journée-type d’un andiniste

 

D’abord, on se repose. Il faut s’économiser pour ne pas s’épuiser. L’après-midi on emmagasine de la chaleur pour grimper de nuit. Le départ vers 1h du matin est un peu rude. Après, ça va. Jusqu’au 2 dernières heures avant le lever du soleil. C’est dur, on l’attend et quand il arrive, on renaît.

A chaque col, on pose une offrande (alcool, feuilles de coca, cigarettes) pour les Achachilas. Ce sont les esprits protecteurs de haute montagne et chaque sommet a le sien. Pour les guides boliviens, ces offrandes compensent la crainte d’investir un domaine sacré. Je tiens beaucoup au respect de ces croyances ancestrales, l’aventure prend aussi une dimension spirituelle.

 

Votre rapport à la montagne, en quelques mots ?

 

Elle décuple mon goût de vivre, elle me remplit. J’y suis sereine et jamais en insécurité. Elle m’a aidé à m’épanouir, comme un fil conducteur vers un nouveau moi.

L’approche de la cinquantaine me pousse à être (un peu) plus raisonnable mais si mon expérience peut ouvrir les esprits sur la nature et nos parcours de vie…

 

Mille Mercis Anne!

 

Vous pouvez suivre Anne sur Facebook 

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