Heureux comme un finlandais ?

S’il existait un concours Eurovision du bonheur, on peut parier que la Finlande serait gratifiée d’un superbe « Twelve points ». Depuis que ce pays est présenté comme celui où l’on est apparemment le plus heureux, les articles pleuvent. Essayons de vous parler de la Finlande telle qu’elle est avec l’aide de quelques Français qui y ont élu domicile.

 

 

 

Ils se nomment Axia, Augustin et Marion. Trois jeunes Français qu’un parcours étudiant, une rencontre amoureuse ou les deux ont conduit à vivre au bord de la Baltique.

Axia a découvert la Finlande via un stage effectué lors de sa formation d’éducatrice de jeunes enfants. Sa première escapade lui a donné envie, une fois diplômée, de revenir à Helsinki où elle travaille désormais dans un jardin d’enfants franco-finlandais.

Augustin avait rencontré son amie au gré du programme Erasmus quelques années plus tôt. Puisqu’elle est finlandaise, le voici installé depuis plus de deux ans maintenant dans la capitale finnoise.

Quant à Marion, c’est aussi un semestre Erasmus qui l’a menée en Laponie où elle a rencontré son compagnon et décidé de prolonger son séjour d’un an.

 

Il n’y a pas de fumée sans feu…

 

La Finlande, pays du bonheur ? Il semble en effet que les finlandais soient fiers et heureux du mode de vie qu’ils ont choisi et veillent à le préserver.

Lorsque l’on parle de ce pays nordique de 5,3 millions d’habitants, quelques références reviennent inlassablement. Des clichés ? Pas vraiment puisqu’il s’agit de faits ou de pratiques qui constituent l’ADN du peuple finlandais. Rapide tour d’horizon de ces incontournables.

 

 

L’osmose avec la nature, qu’il fasse beau ou qu’il neige. C’est comme ça ! Les Finlandais vivent dans un pays couverts de milliers de lacs et de forêts qui constituent 70% du territoire. Comme le souligne Augustin avec humour « Un finlandais heureux est un finlandais seul au milieu des bois ». Sans être caricatural, la plupart des familles possèdent un Mökki, petit chalet rustique, souvent sans eau ni électricité, près d’un lac et de préférence parfaitement isolé. Le lieu de villégiature par excellence où l’on se précipite pour le week-end ou les vacances. Au programme : cueillette de myrtilles et de champignons, pêche et baignade.

On vous fait grâce de l’interminable nom finnois du concept juridique qui donne à chacun ici le droit coutumier d’aller et venir librement dans les espaces naturels du pays. Nous ignorons d’ailleurs si des mots comme « barrière » ou « clôture » existent en Finnois, il faudra vérifier par vous-même !

 

La nature subjugue et fascine, notamment l’hiver avec ses aurores boréales (revontulet en langue Sami) qui embrasent le ciel. Et l’été avec 70 jours de soleil de minuit en Laponie.

 

 

 

Marion s’est frottée dès son arrivée à l’humilité des finlandais face à la nature en s’installant à Rovaniemi, en Laponie. «La nature finlandaise est un excellent endroit pour apprendre à connaître ses limites mais aussi pour les repousser ». Elle évoque le Sisu, expression locale qui décrit le courage et la robustesse à la finlandaise. Et on comprend très bien ce qu’elle veut dire lorsqu’elle nous livre une anecdote vécue « Avec -30° le matin pour aller au boulot en vélo, les cheveux gèlent instantanément. Le moindre poil autour de votre visage devient glaçon ». Frileux s’abstenir.

 

Rovaniemi, ça vous dit certainement quelque chose. Oui, c’est LA capitale du Père Noël (le vrai) en Laponie. Au nord du pays, elle est la région natale du fameux peuple nomade et éleveurs de rennes, les Sami. Si les Egyptiens ont les pyramides et les pharaons, la mythologie finlandaise faisant la part belle aux elfes, lutins et à ce sympathique bonhomme barbu qui mérite bien un détour.

 

L’une des caractéristiques qui poussent les médias à ériger ce petit pays en modèle, c’est son système éducatif. Si Marion précise « Un système remarquable, le point central étant le bien-être de l’enfant et l’équité », c’est Axia qui confirme son excellence par l’exemple.

« Beaucoup de choses sont pensées pour les enfants et le système éducatif est vraiment respectueux de leur rythme et besoins. A commencer par le congé maternité qui avoisine une année sans perte de salaire et le congé parental accessible aux pères depuis longtemps déjà ». La jeune éducatrice souligne aussi la façon dont les enfants sont éduqués et associés à leur environnement naturel dès le plus jeune âge. « Dans les jardins d’enfants, nous sortons au moins deux fois par jour pendant une heure, peu importe la météo. Cela peut être dans un parc ou même en forêt. Et j’ai très vite été surprise de voir comment les enfants connaissent la nature ».

L’environnement est utilisé comme outil d’apprentissage et de socialisation. « Ailleurs, nous pourrions trouver dangereux de laisser un petit escalader un rocher ou pas hygiénique de jouer avec du sable, pas ici. »

 

 

Enfin, il y a un mot de la langue finnoise que nous connaissons tous : sauna. C’est un véritable emblème de la Finlande. On le considère ici comme bien plus efficace qu’une douche d’autant qu’il ne purifie pas que le corps mais aussi l’esprit. Qualifié de « médicament du pauvre », le sauna est en Finlande un rituel empreint de sérénité et de respect qui joue un rôle essentiel dans les relations sociales. Le top étant bien sûr de pratiquer le sauna dans un mökki puis de piquer une tête dans les eaux (très) fraîches d’un lac immédiatement après…

Pour ne pas y aller, il vous faudra une bonne excuse, d’autant qu’il y a 3,3 millions de saunas privés et publics pour 5,3 millions d’habitants !

 

On le sait moins mais…

 

Un petit résumé informel d’autres caractéristiques de l’esprit et de la culture finlandaise s’impose.

 

Si vous croyez que le summum du design nordique repose sur une grande enseigne suédoise… vous vous trompez.

Nombre de concepts et objets prisés dans le monde entier sont nés des cerveaux follement créatifs de designers et architectes finlandais. L’inventivité locale concerne aussi les Angry Birds et autres appli mobiles universellement connues.

 

Parmi les spécificités du pays, Axia nous a dit « ce qui m’a aussi marquée ici, c’est à quel point on peut se sentir en sécurité à toute heure, n’importe où ». C’est un fait, le sentiment de sécurité contribue à la qualité de vie que tous nos interlocuteurs soulignent.

Bien sûr, le pays reste peu peuplé et relativement urbanisé, mais une enquête mondiale du Reader’s Digest en dit long sur l’état d’esprit des finlandais : sur 12 portefeuilles garnis, volontairement abandonnés sur la voie publique, 11 ont été spontanément retournés à leurs propriétaires ! (d’accord, il en manque un quand même)

 

 

Côté confort et qualité de vie, Augustin nous rappelle « la législation du travail laisse beaucoup de temps libre. La plupart des gens quittent leur travail entre 16 et 17h. Ici, la durée légale du travail est scrupuleusement respectée ».

 

Serait-ce dû aux températures extrêmes ? En tout cas, la Finlande détient le record du monde de consommation de café et on trouve des buvettes partout.

 

On pourrait ajouter que l’offre culinaire d’Helsinki est l’une des meilleures d’Europe (Axia vous recommande d’ailleurs de déguster une soupe au saumon et pommes de terre sur le port), que l’eau en Finlande est la plus pure ou que sur ses 330 kms de pistes, la saison de ski dure 6 mois. Sans oublier que le hockey sur glace et le heavy metal finlandais ont conquis des aficionados dans le monde entier.

 

 

Certains d’entre vous se disent qu’il a bien quelques défauts ce pays, tout de même !

 

 

Si le froid polaire est considéré comme un défaut, la réponse est oui. Mais la beauté magique de l’hiver et le soleil de minuit compensent fort bien les températures.

La rudesse du climat pousse d’ailleurs les habitants à opter pour une grande simplicité tant dans leur mode de vie que dans les relations sociales. Augustin avoue « Ça a des bons côtés et des inconvénients, avec une approche très directe où certaines confrontations avec la culture latine peuvent être assez brutales. Les finlandais peuvent quelquefois nous sembler agressifs dans leur communication. Les formules de politesse sont inutiles, il faut aller droit au but ». Mais il s’empresse d’ajouter que malgré une certaine distance au départ, les finlandais sont attachants et deviendront des amis fidèles.

 

Objectivement, le finnois pourrait bien être difficile à apprendre. Outre des mots parfois interminables, tout nom commun ou nom propre peut s’y écrire dans plus de 200 formes grammaticales !

Avouons que le Français n’est pas facile non plus et rassurons-nous, la plupart des finlandais parlent l’anglais.

Et puis, vous connaissez déjà Mökki, Sisu et sauna…

 

 

 

 

Et on s’y attache.

 

 

Quand on leur demande ce qui les lie fortement à ce pays, nos trois compagnons français évoquent tous la variété et la beauté de la nature finlandaise, suivi d’une qualité de vie difficilement égalable. Mais chacun a une conclusion plus personnelle.

Pour Augustin, poète à ses heures, « une culture riche mais pas prétentieuse… et l’hiver rigoureux mais magnifique qui transforme l’apparition des premiers bourgeons en un moment de joie intense ».

Pour Axia, conquise, « Le mode de vie me convient parfaitement. J’étais venue pour m’inspirer du système éducatif et rentrer. Mais j’ai découvert bien plus que ça et fait de belles rencontres qui m’ont donné envie de revenir et de ne plus partir ».

Marion et son compagnon finlandais Samuli, installés en France depuis quelques temps, songent à retourner définitivement en Laponie. « Evidemment mon compagnon, sa famille et mes amis me lient fortement à ce pays. Mais c’est surtout un pays qui correspond profondément à mes aspirations et à ma conception du monde ».

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