HOBO : vagabond libre et fragile

Le parfum d’indépendance et de liberté qu’évoque le Hobo si cher à l’imaginaire américain a, depuis longtemps déjà dépassé les frontières. La littérature fourmille de récits passionnants et romanesques qui donnent de ce vagabond une image quelque peu idéalisée… Ouvrons le carnet de route de ces drôles de voyageurs.

[ Les origines ]

On est tenté de rapprocher le hobo du sans-abri d’aujourd’hui. Et certains auront vite fait de le comparer au triste clochard qui passe ses journées à mendier… Pourtant à la fin du 19ème siècle il n’était qu’un travailleur itinérant, un saisonnier se déplaçant au gré des chantiers où l’on aurait besoin de ses bras.

Le mot hobo (contraction probable de Homeless Boy) n’apparaît qu’avec l’industrialisation, la naissance du chemin de fer et la crise économique. Privé de travail et d’habitat, poussé à partir pour gagner son pain, le hobo déraciné devient « résident temporaire » des grandes gares où il emprunte illégalement les trains de marchandises, au péril de sa vie. Commence alors une vie d’errance qu’il n’a pas choisie.

Très vite, un demi-million d’américains lancés sur les routes entrent dans l’imaginaire collectif grâce à d’illustres écrivains comme Jack London et musiciens tels Woodie Guthrie. De récits autobiographiques en chansons, l’image du hobo miséreux laisse bientôt place au portrait romanesque d’un routard épris de liberté qui choisit une vie marginale, libre de ses mouvements, détaché de toute possession et contrainte matérielle, porté par un esprit « pionnier ».

[ Une véritable culture Hobo ]

La liberté semble alors être la motivation première du hobo mais les dangers d’une vie sans repères sont nombreux. Par exemple, il faut s’attendre à être quelquefois accueilli armes à la main, savoir repérer les vagabonds agresseurs, apprendre à se tenir chaud grâce à des journaux ou éviter de se blesser en sautant clandestinement dans les trains. Quelques règles s’imposent rapidement (la défense et l’aide systématique aux enfants, respecter les lois locales, ne laisser aucun déchet sur un bivouac, essayer de rester propre, ne pas profiter de la faiblesse d’un autre vagabond, etc…). 

Un journal, le hobo news, paraît épisodiquement à partir de 1913, dans un argot propre à cette population (hobo slang). Un code fait de signes dessinés sur les bâtiments au fil du chemin leur permet également d’échanger sans se croiser sur la présence d’un chien méchant, d’une grange où l’on peut dormir, de nourriture proposée en échange d’un travail, d’habitants aimables ou armés, d’une surveillance policière intense, etc. Mieux encore, un guide du hobo intitulé « Les chevaliers de la route » (Knights of the Roads) paraît en 1947. Les hobos élisent même un roi lors de conventions nationales tenues pendant près de 30 ans !

Ainsi, malgré une volonté de vivre indépendant et selon ses propres règles, le hobo a dû organiser, réglementer quelque peu son univers pour pouvoir survivre.

[ Knights of the Roads Vs HOBO 2.0 ]

L’image fantasmée du hobo a traversé le 20ème siècle et suscité des vocations.  Mais les « vagabonds » d’aujourd’hui ne vivent pas tout à fait la même vie que les précédents. Le hobo slang et les codes ont laissé place aux technologies de l’information. Les hoboes version 2.0 utilisent smartphones et ordinateurs portables pour trouver de petits boulots sur la route, s’orienter, faire de l’auto-stop ou savoir à quelle heure passe le prochain train de marchandises… Si le hobo savait par définition s’adapter aux différents environnements rencontrés mais veillait à rester discret, le vagabond digital partage instinctivement son quotidien sur les réseaux sociaux. 

Pourtant, les risques inhérents à ce mode de vie aventureux restent réels et les hoboes d’aujourd’hui sont toujours confrontés aux dangers du rail, aux mauvaises rencontres, au racket et à la faim. Vivre en hobo, c’est s’exposer à la solitude, connaître une fatigue que l’on ignorait, côtoyer toutes formes de violence du mépris à l’agression.

[ Une liberté qui a un prix ]

Etre hobo, c’est naviguer au jour le jour entre romantisme et survie…. Se libérer de certaines contraintes sociales, s’éloigner du consumérisme, s’enivrer des beautés de la nature et s’enrichir de rencontres impromptues, c’est romantique et motivant. Devoir marcher dans la boue, dormir n’importe où par tous les temps, trouver chaque jour de quoi se nourrir, ne jamais pouvoir se reposer vraiment, c’est aussi survivre. Plus qu’un voyage, un mode de vie qui mérite réflexion…

Crédits photos : Alyssa Schukar & Lee Snyder

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