Slow travel : rien ne sert de courir, il faut prendre le temps...

Jean de La Fontaine n’avait rien d’un aventurier mais affirmait -dans Le lièvre et la Tortue- que c’est bien la façon dont on voyage qui compte, quelle que soit la destination. En quelque sorte, le fabuliste vantait l’art de voyager lentement mais surement. Voici un premier éloge du voyage lent, à un détail près : le slow travel d’aujourd’hui conviendrait mieux au lièvre qui flâne qu’à la tortue !

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[ Tourisme ou voyage ? ]

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Pour le touriste lambda, seule compte la destination finale. Il planifie bien souvent chaque seconde de ses vacances, voyant « tout ce qu’il faut voir » à destination, sautant de l’avion au bus, ne supportant aucune déconvenue dans les transferts. Il considère même une météo maussade comme une erreur d’aiguillage ! Il se plie au dictat des horaires de visites, de repas, de décollage… comme il le fait au quotidien. En somme, il court et suit un planning.

Le voyageur lent lui, cultive une certaine insouciance. Il n’est pas moins prévoyant mais ne s’aventure pas seulement pour voir et montrer qu’il a vu. Ce qui l’attire, c’est le plaisir de la découverte. Bien sûr, il utilise aussi les moyens de transport modernes et ira voir certains hauts-lieux qui méritent vraiment un détour. En laissant place à l’imprévu, en n’ayant pas peur de vivre quelques heures non planifiées, il se donne aussi la chance de découvrir sous un jour nouveau les lieux traversés et sa destination.

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[ Eloge de la « lenteur » ]

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Mieux que de lenteur, on peut parler de douceur. Prendre le temps est un luxe accessible à tous. A une époque où la patience n’est plus (vraiment) perçue comme une qualité, tout prend des allures d’urgence. Pourtant, combien d’entre nous aimeraient changer de rythme ? Prendre des vacances, c’est le moment idéal pour ralentir. Choisir le slow travel, c’est s’ouvrir sur le monde, peut-être voir ou faire moins de choses, mais les vivre en profondeur. S’installer à la terrasse d’un café de quartier dans une ville inconnue sans avoir d’horaire à respecter, c’est écouter, apprendre, respirer un autre air. Poser le pied dans un village pour une simple étape et décider de rester un jour de plus, comme ça, juste parce que l’endroit vous plaît, qu’on vous y accueille bien…

Le slow travel favorise les rencontres, laisse place à des discussions impromptues. Vous êtes un peu perdus ? En demandant de l’aide et en acceptant les invitations, vous n’êtes déjà plus le même. En prenant simplement le train ou le bus, le voyageur s’expose à des moments de convivialité surprenants et même à de nouvelles amitiés !

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[ L’art de voyager autrement ]

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Certains pensent qu’il faut être jeune, sportif et disposer de moyens conséquents pour s’offrir le luxe d’aller et venir hors des sentiers battus. En fait, vous n’avez besoin que de deux choses : l’envie et l’adaptabilité.

Pas besoin d’aller au bout du monde pour pratiquer le slow travel et pas besoin de prendre une année sabbatique non plus ! Le plus sûr atout d’un dépaysement réussi, c’est d’éviter de fréquenter les lieux les plus touristiques aux heures de pointe… Certains partiront sac au dos et s’en remettront uniquement aux rencontres pendant leur périple mais le slow travel n’exclut pas pour autant le confort.

D’autres préfèrent les échanges de services qui sont monnaie courante aujourd’hui et partout. Le couchsurfing d’une nuit peut facilement se transformer en une semaine de vacances très sympathique avec votre hébergeur pour guide local personnel. Jamais vous n’auriez découvert la cité de cette façon entre des visites programmées et en changeant de ville tous les deux jours.

Echange de maison, hébergement chez l’habitant, tout cela s’envisage aussi avant de partir. Tout comme le Woofing qui vous offre gite et couvert en échange de menus travaux bénévoles ou le gardiennage de maison dans des endroits magiques.

Quel voyagiste vous permettra de partager quelques jours la vie d’une famille rurale à quelques encablures de Phnom Penh ou d’assister volontairement pendant deux semaines les équipes d’un refuge pour animaux accidentés dans le bush australien ? Qui, à part vous, peut saisir l’opportunité d’explorer Pompeï parfaitement seul avec un guide (un peu vénal mais) passionnant, juste au moment de la fermeture du site au public ? Il existe de multiples façons de découvrir un pays, une région qu’ils soient touristiques ou pas, et à votre rythme.

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[ A la fois bénéfique et utile ]

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Les plaisirs de la découverte, les rencontres et les expériences inédites qui nous offrent un regard neuf sur le monde. Voilà les premiers bénéfices du slow travel. Mais il peut aussi être très économique. En prenant son temps, on réduit facilement les coûts d’hébergement et de transports ; on va même parfois jusqu’à les supprimer.

Enfin, le slow traveler préfère le train, le bateau, la marche ou le vélo à l’avion ou la location de voiture. En cessant de faire des sauts de puces d’un bout à l’autre d’un continent en un temps très court, il réduit son empreinte sur l’environnement. Sans oublier qu’en consommant local, il soutient la population qui le lui rend bien.

Si vous pensez que voyager ne se résume pas à découvrir de nouveaux paysages, que la rencontre fait le sel du voyage et que le respect mutuel rassemble, pourquoi ne pas essayer de voyager autrement ?

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Photos : ©Gabriel.Pielke / ©David.Lemanski / ©Vincent.Kronental / ©Romain.Pujols.Benoit

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